Sécurité alimentaire et développement durable

Eliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire et promouvoir l’agriculture durable : tel est l’un des objectifs du plan de développement durable. Voici la contribution française, qui sera présentée le 21 octobre 2016 lors de la 43ème session du Comité de sécurité alimentaire mondial (CSA).

Contribution Française - CSA 2016 Evènement de haut niveau sur l’Agenda 2030

Dans la lignée de son engagement international en faveur du développement durable et de sa mobilisation lors de la COP21, la France souhaite être exemplaire et a engagé sa réflexion sur la mise en oeuvre nationale des Objectifs de développement durable (ODD). La France s’est donc portée volontaire aux côtés de 21 autres États membres pour présenter sa démarche de mise en oeuvre dès le Forum Politique de haut Niveau de juillet 2016.

La réalisation du 2ème Objectif de développement durable « éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire,améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable » relève, pour la France, aussi bien de politiques nationales liées aux secteurs de l’agriculture, l’agroalimentaire, l’environnement, que de la politique de développement et de solidarité internationale.

La Stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable 2015 – 2021 offre un cadre de référence à l’échelle de la France pour agir en faveur d’un développement économique et social durable.Elle a vocation à initier des plans d’action à tous les niveaux, national, territorial et local, en cohérence avec les objectifs et les cibles de l’Agenda 2030.

1- Les principaux enjeux pour la réalisation de l’ODD 2 en France

Rendre accessible à tous une alimentation de qualité, en quantité suffisante, liée à son territoire, sans gaspillage.

L’alimentation recouvre un ensemble d’enjeux sociaux, économiques, sanitaires et environnementaux majeurs. Le modèle alimentaire est considéré en France comme un bien collectif qu’il faut transmettre aux générations futures. Il est ainsi au coeur des objectifs de la politique publique de l’alimentation définie à l’article 1er de la Loi d’avenir pour l’agriculture et la forêt et de sa déclinaison opérationnelle, le programme national pour l’alimentation, qui se décline en quatre axes prioritaires :

  • 1. La justice sociale : en soutenant l’aide alimentaire et en adaptant cette aide alimentaire aux attentes et aux besoins des populations les plus démunies ;
  • 2. L’éducation alimentaire et la jeunesse : développer en lien avec l’Education Nationale, une information et une éducation à l’alimentation dans les écoles et recréer du lien entre l’agriculture et la société ;
  • 3. La lutte contre le gaspillage alimentaire : par la mobilisation des acteurs de la chaine alimentaire,depuis l’amont agricole jusqu’aux consommateurs, le pacte national de lutte contre le gaspillage poursuit l’objectif d’une réduction de moitié du gaspillage alimentaire d’ici 2025 ;
  • 4. L’ancrage territorial : l’attente des consommateurs – citoyens est forte vis-à-vis d’une alimentation de qualité. Les collectivités locales et l’ensemble des acteurs du secteur agroalimentaire ont un rôle primordial à jouer afin de renouer les liens distendus entre le consommateur et son alimentation,par des actions concrètes au niveau des territoires, telles que la valorisation du « patrimoine alimentaire », via les indications géographiques par exemple ou le développement de plateformes.

Réorienter la production agricole dans une perspective de triple performance économique, environnementale et sociale

L’accroissement démographique mondial va générer un accroissement des besoins alimentaires qui doit être anticipé. Dans le même temps, on assiste à une augmentation de la demande en nouvelles valorisations de la biomasse, qui apparaît comme une alternative aux ressources fossiles (énergie,bioéconomie) dans le cadre de l’économie circulaire et afin d’accompagner la nécessaire transition énergétique et écologique des économies.

Ici comme ailleurs, l’enjeu est de concilier un haut niveau de production agricole et agroalimentaire, avec un objectif de triple performance, économique, sociale et environnementale. Loin de s’opposer, environnement et économie peuvent se combiner et se renforcer mutuellement. Il convient de favoriser et d’accompagner cette mutation de l’agriculture, nécessaire et profonde, qui est en cours.

Pour répondre à ces enjeux, la France a lancé le projet agro-écologique : L’agro-écologie a pour ambition de tracer une perspective mobilisatrice et créatrice de richesses en privilégiant des solutions qui, en s’appuyant sur les fonctionnalités offertes par les agro-écosystèmes,combinent simultanément la performance économique, la performance environnementale et sanitaire et la performance sociale. Ce défi se pose à l’agriculture à la fois au niveau individuel - de chaque exploitation, de chaque entreprise - et au niveau collectif - de l’organisation des filières, de l’accompagnement des agriculteurs, de la dynamique des territoires.

Un plan d’action précis a été élaboré en 2014, avec 16 chantiers qui consistent à mobiliser l’ensemble des acteurs, sensibiliser et communiquer, enseigner à produire autrement, accompagner les agriculteurs, limiter l’usage de produits phytosanitaires et d’antibiotiques, soutenir financièrement les démarches agroécologiques,s’appuyer sur la recherche et l’innovation, engager les filières vers l’agro-écologie, prendre en compte les réalités des départements d’outre-mer, promouvoir l’agro-écologie à l’international et suivre et évaluer le projet agro-écologique.

La réussite de ce projet demande à la fois de l’innovation technique, technologique et scientifique, et de l’innovation sociale et collective en matière de coopération, d’organisation du travail et de modes d’investissement. Cette transition vers de nouveaux modèles de production plus durables repose sur une modification majeure des cadres de pensée, des modes d’acquisition des savoirs et des pratiques : pour cette raison, la recherche et l’enseignement agricole ont un rôle primordial à jouer.

Contribuer à la lutte contre le changement climatique et préserver les ressources naturelles, notamment les sols

Les liens entre agriculture et changement climatique sont extrêmement étroits. L’agriculture est à la fois un des secteurs les plus vulnérables aux impacts du changement climatique et un contributeur important aux émissions de gaz à effet de serre. L’agriculture doit donc s’adapter et réduire son impact sur le climat d’une
manière qui ne menace pas la sécurité alimentaire. Cet enjeu est d’ailleurs explicitement reconnu dans l’accord sur le climat signé à Paris lors de la COP21 ( cette interaction est au coeur de l’article 2 de l’accord de Paris : « … en promouvant la résilience à ces changements et un développement à faible émission en GES, d’une manière qui ne menace pas la production alimentaire ; » et du préambule qui insiste sur la préservation de la sécurité alimentaire.) C’est vrai pour la France, où les impacts du climat, qui vont s’aggraver, influencent déjà les rendements en céréales, contribuent à la remise en question des pratiques de production viticole ou fruitière et affectent la qualité et la disponibilité des fourrages.

L’agriculture française doit également adapter ses pratiques et ses systèmes de production afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (environ 20 % des émissions en France) et optimiser le mécanisme photosynthétique qui fait de ce secteur une véritable « pompe à carbone », capable de contribuer au stockage du CO2 atmosphérique sous forme de carbone dans le sol et de biomasse qui peut se substituer aux ressources fossiles et à des matériaux énergivores dans les autres secteurs économiques (énergie,transport, résidentiel...).

Les effets du changement climatique seront variables suivant les régions et les productions mais pourraient modifier considérablement la géographie des productions. L’agriculture devra s’adapter à ce nouveau contexte pour résister à l’élévation de la température moyenne et à la multiplication des phénomènes extrêmes. La contribution de l’agriculture et de la forêt à la lutte contre le changement climatique, pour être mieux adaptée et diminuer ses émissions, passe donc par une évolution concertée des pratiques notamment en matière de gestion de l’eau, de couverture des sols, d’usage des terres, de fertilisation azotée et d’alimentation des élevages, mais également en amont et en aval de la production, par une amélioration de la performance énergétique des industries agroalimentaires. Il s’agit d’accroître la résilience des exploitations (y compris économique), de réduire les émissions tout en augmentant la production de biomasse et les « puits de carbone » (protection des prairies permanentes, agroforesterie, couverture des sols, techniques culturales simplifiées, réduction de l’artificialisation des sols, etc.).

Les ressources naturelles forment un bien dont on a trop longtemps négligé la rareté et les bienfaits. Le sol tout particulièrement est un bien qui supporte l’agriculture et la forêt sur 80 % du territoire français, dans des processus fragiles dont la réversibilité est longue et difficile. La multiplicité et l’importance des fonctions qu’il assure en font une richesse contribuant au patrimoine commun de la nation, qu’il s’agit de préserver et de valoriser. Ainsi la préservation des qualités des sols agricoles et forestiers permet de concilier les fonctions productives et environnementales. Il s’agit donc de maintenir la fertilité des sols et de valoriser les services écosystémiques qu’ils peuvent rendre (eau, biodiversité, paysage, production de ressources renouvelables).

2- Priorités des actions de coopération de la France à l’international

La France promeut une agriculture familiale, productrice de richesses et d’emplois, et respectueuse des écosystèmes et de la biodiversité. L’action de la France a pour finalité d’améliorer durablement la sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages ruraux et urbains, principalement en Afrique subsaharienne, par un soutien aux exploitations agricoles familiales, aux filières, en particulier vivrières et d’élevage, et aux politiques agricoles, alimentaires et nutritionnelles, en intégrant les enjeux de développement durable et de souveraineté alimentaire.

La France accompagne, avec l’appui de ses organismes de recherche, les profondes transformations qu’impose le double défi de la croissance démographique et du dérèglement climatique. Elle soutient à cet effet les initiatives visant à restaurer et à accroitre la fertilité des sols et l’adoption de pratiques agroécologiques.Par ses actions de développement, elle promeut l’opérationnalisation des Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers (VGGT), qui vise à renforcer la gouvernance de l’accès à la terre et aux ressources naturelles, ainsi que les Principes pour un investissement responsable dans l’agriculture et les systèmes alimentaires (RAI), adoptés par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale. Elle soutient le renforcement de la résilience des populations susceptibles d’être fragilisées par des chocs économiques, politiques ou encore climatiques grâce à l’Aide Alimentaire Programmée du Ministère des affaires étrangères et du développement international. En 2015, l’Agence française de développement (AFD) a accompagné le développement économique, social et environnemental de 710 000 exploitations agricoles familiales dans le monde, et soutient ainsi des systèmes alimentaires diversifiés et durables.

En 2015, à l’occasion de la COP21, la France a lancé l’initiative « 4 pour 1000 : des sols pour la sécurité alimentaire ». Cette initiative, qui s’inscrit dans le cadre du plan d’action Lima-Paris, encourage tous les partenaires à faire connaître ou mettre en place les actions concrètes sur le stockage du carbone dans les sols et le type de pratiques pour y parvenir (agro-écologie, agroforesterie, agriculture de conservation, de gestion des paysages...) La recherche joue un rôle central dans cette initiative. L’objectif est de mettre en place à la fois un programme de recherche et un programme d’action favorisant des projets vertueux pour le climat et la sécurité alimentaire. Cette initiative est aujourd’hui soutenue par plus de 170 partenaires.

La lutte contre la sous-nutrition est une des priorités de la politique de développement et de solidarité internationale de la France. La France intervient dans ce domaine par le biais d’une approche multisectorielle qui vise à améliorer la prise en compte de la nutrition dans les programmes humanitaires et de développement.

La France agit auprès de ses partenaires pour que les enjeux de la lutte contre la faim et la malnutrition soient mieux pris en compte. Elle joue un rôle actif pour améliorer la gouvernance mondiale sur ces questions au sein de l’Union européenne, des organisations des Nations unies dont elle est membre, du Comité de la sécurité alimentaire mondiale, du G20 ou encore du G7.

Une plateforme des acteurs français de la sécurité alimentaire, le Groupe interministériel sur la sécurité alimentaire (GISA), a été mise en place en 2008 afin de contribuer à un dialogue multi-acteurs renforcé sur les enjeux de sécurité alimentaire et de nutrition dans les pays en développement.

Dernière modification : 13/07/2016

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