Pertes et gaspillages alimentaires

Un tiers de la nourriture dans le monde est perdu ou gaspillé le long de la chaîne alimentaire. Comment réduire progressivement ce phénomène ?
Répondre à cette question est aujourd’hui un engagement international.

Définition (FAO)

• Les pertes alimentaires sont la réduction involontaire de nourriture disponible pour la consommation humaine.
• Le gaspillage alimentaire se réfère aux aliments parfaitement comestibles jetés intentionnellement, principalement par les commerçants et les consommateurs.

1) Le défi des pertes et gaspillages dans le monde

a) Un tiers de la nourriture produite est gaspillé au niveau mondial

Un tiers de la nourriture est perdu ou gaspillé le long de la chaîne alimentaire, depuis la production jusqu’à la consommation ce qui représente environ 1,3 milliard de tonnes par an. La réduction totale des pertes et gaspillages permettrait de nourrir environ 2 milliards de personnes selon l’International Food Policy Research Institute (IFPRI). Ce phénomène génère 8% des émissions anthropiques totales de gaz à effet de serre selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (OAA / FAO).

Il est essentiel de réduire ces pertes et gaspillages alimentaires pour assurer la sécurité alimentaire et limiter l’empreinte écologique des systèmes alimentaires. Selon le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire de 2013, il s’agit également de « s’engager concrètement contre les dérives de la société de surconsommation » et de « retrouver du pouvoir d’achat ».

Quelques chiffres pour mieux comprendre et prendre conscience des enjeux des pertes et gaspillages alimentaires (source : FAO)
  • Impact économique : les conséquences économiques directes du gaspillage alimentaire (à l’exclusion du poisson et des fruits de mer) sont de l’ordre de 750 milliards de dollars par an.
  • Impact sur le climat : l’empreinte carbone des gaspillages alimentaires est estimée à 3,3 milliards de tonnes de CO2 équivalent de gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère chaque année.
  • Impact sur les ressources naturelles  :
    • Le volume total d’eau utilisé chaque année pour produire de la nourriture perdue ou gaspillée s’élève à 250 km3, ce qui équivaut à trois fois le volume du Lac Léman.
    • 1,4 milliard d’hectares de terres, soit 28 pour cent des superficies agricoles du monde, servent annuellement à produire de la nourriture perdue ou gaspillée
  • Seul un faible pourcentage de tous les gaspillages et pertes alimentaires est transformé en compost. La pratique du compostage à domicile pourrait permettre d’alléger les services publics de ramassage des ordures de 150 kg de déchets ménagers par foyer et par an.

b) Des causes divergentes

L’étape à laquelle a lieu ce phénomène dans l’ensemble de la chaine alimentaire et les causes diffèrent selon le niveau de richesse des pays.
Ainsi, selon la FAO, le gaspillage alimentaire à l’échelle mondiale a lieu, pour 54 pour cent, "en amont", c’est-à-dire durant les phases de production et de manutention et stockage après-récolte, et pour 46 pour cent "en aval", soit aux stades de la transformation, de la distribution et de la consommation.

Dans les pays à revenu moyen et élevé, le phénomène prédomine à l’étape de la consommation. Dans les pays à revenu faible, les pertes alimentaires se vérifient principalement au cours des premiers stades et aux stades intermédiaires de la chaîne alimentaire et dans des quantités nettement moins élevées au stade de la consommation.

Les pertes et gaspillages dans les pays à revenu faible relèvent principalement de limitations financières, techniques et de gestion touchant les récoltes, le stockage, les équipements de refroidissement (dans les cas de conditions climatiques difficiles), la qualité des infrastructures générales, les systèmes d’emballage et de commercialisation, auxquels viennent s’ajouter les conditions climatiques favorisant la détérioration des aliments.

Pour les pays à revenu moyen et élevé, ce phénomène est principalement lié au comportement des consommateurs et au manque de coordination entre les différents acteurs de la chaîne alimentaire. Mais il peut également être causé par certains accords commerciaux entre agriculteurs et acheteurs, par des critères de qualité obligés qui entraînent un rejet des produits alimentaires d’aspect ou de forme non conformes.

c) Un engagement international agréé

L’objectif de réduction des pertes et gaspillages est désormais inscrit dans l’Agenda 2030, notamment dans l’Objectif pour le Développement Durable (ODD) 15.3 « D’ici à 2030, réduire de moitié à l’échelle mondiale le volume de déchets alimentaires par habitant au niveau de la distribution comme de la consommation et réduire les pertes de produits alimentaires tout au long des chaînes de production et d’approvisionnement, y compris les pertes après récolte ».

2 ) L’engagement de la France dans la lutte contre les pertes et gaspillages alimentaires

Chaque année en France, plus de 10 millions de tonnes de déchets alimentaires sont produits.

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Zoom France : (Source : site du MAAF)

Le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire a été signé en juin 2013. Il comporte 11 mesures issues de la réflexion menée avec les acteurs de la chaîne alimentaire et fondées sur l’engagement des acteurs de l’ensemble de la chaîne alimentaire. Ce pacte fixe un objectif ambitieux de réduire de moitié le gaspillage d’ici 2025 et s’adresse à l’ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire.
Il accompagne le Programme national pour l’alimentation et reçoit le soutien de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation ( OAA/FAO ) et du Programme des Nations unies pour l’environnement ( PNUE ).

Il décline 11 mesures :

  • la mise en place d’un signe de ralliement visuel en forme de pomme, dans laquelle est inscrit « antigaspi » ainsi que la mise en place d’un site internet dédié rassemblant l’ensemble de la documentation et des informations sur la lutte contre le gaspillage, toutes sources confondues.
  • la mise en place d’une Journée nationale de lutte contre le gaspillage (le 16 octobre, aussi journée mondiale de l’alimentation soutenue par la FAO), l’attribution d’un prix « anti-gaspi » des pratiques vertueuses et une labellisation de ces pratiques
  • des formations sur ce thème dans les lycées agricoles et les écoles hôtelières
  • l’inscription de clauses relatives à la lutte contre le gaspillage dans les marchés publics de la restauration collective (démarche encouragée par les Nations unies et l’Union européenne)
  • l’amélioration de la connaissance et l’éclaircissement du cadre législatif et réglementaire sur la propriété et la responsabilité lors d’un don alimentaire
  • La lutte contre le gaspillage alimentaire dans les plans relatifs à la prévention des déchets, la mise en place d’un Plan national pour la Prévention des déchets
  • L’inclusion de la mesure de la lutte contre le gaspillage alimentaire dans la responsabilité sociale des entreprises
  • Le remplacement systématique de la mention date limite d’utilisation obligatoire (DLUO) par un étiquetage plus souple « à consommer de préférence avant… »
  • Le lancement d’une campagne de communication sur la lutte contre le gaspillage
  • L’expérimentation, sur un an, du don alimentaire par les citoyens via une plate-forme numérique

Le nouveau Programme national pour l’alimentation, publié en novembre 2014, poursuit l’action initiée par le pacte national en dressant quatre axes prioritaires d’actions définies par la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt d’octobre 2014. L’axe trois porte spécifiquement sur la lutte contre le gaspillage alimentaire.

Le rapport de Guillaume Garot, ancien ministre délégué à l’agroalimentaire, remis en avril 2015 au gouvernement, identifie les freins qui persistent tout au long de la chaîne alimentaire et propose des adaptations du cadre législatif et réglementaire. Selon ce rapport, entre 90 et 140 kg de nourriture par habitant sont perdus chaque année sur l’ensemble de la chaîne (de la production à la consommation). Chaque Français jette entre 20 et 30 kg de denrées à la poubelle, dont 7 encore emballées. La perte économique est évaluée entre 12 et 20 milliards d’euros par an, soit 400 euros par an pour une famille de quatre personnes.

Le rapport dresse des propositions d’action : (source : site du Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’écologie)

• Rendre obligatoire le don des invendus alimentaires consommables à toute association caritative habilitée qui en fait la demande (via un amendement dans la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte)
• Interdire la destruction systématique par les industriels de l’agroalimentaire des produits consommables des marques de la grande distribution et en permettre le don à des associations ;
• Promouvoir l’utilisation du doggy bag, par une campagne nationale ;
• Organiser des assises territoriales de la lutte contre le gaspillage alimentaire ;
• Introduire le principe de hiérarchie de la prévention du gaspillage alimentaire dans la loi sur la transition énergétique.

L’axe « gaspillage alimentaire » du programme national de prévention des déchets 2014-2020.
Publié le 28 août 2014, le programme national de prévention des déchets 2014-2020 élaboré par le Ministère de l’Ecologie s’associe pleinement au pacte national anti-gaspillage en reprenant parmi les 13 axes un axe sur le gaspillage alimentaire.
Cet axe comprend six actions à mettre en œuvre : renforcer la lutte contre le gaspillage dans la restauration collective, étudier le lien entre le produit alimentaire et l’emballage, développer l’usage du « sac à emporter » (ou Doggy bag), décliner l’action de lutte contre le gaspillage alimentaire sur les territoires, suivre la réglementation sur les gros producteurs de bio-déchets vis-à-vis de l’enjeu de gaspillage alimentaire, mettre en place d’un « Club d’acteurs » sur le gaspillage alimentaire.

La loi de transition énergétique publiée en août 2015 comporte un chapitre dédié à la lutte contre les gaspillages et fait la promotion d’une économie circulaire (de la conception des produits à leur recyclage). Parmi les mesures d’application immédiates de cette loi, on relève notamment : le développement de la consigne d’emballages et produits (article 70-V), une amélioration de l’affichage de la durée de vie des produits (Article 70-V), , la lutte contre le gaspillage alimentaire en ne mentionnant plus la Date Limite d’Utilisation Optimale (DLUO) sur un certain nombre de produits pour lesquels elle n’est pas pertinente (produits d’épicerie non périssables) (Article 103)

Téléchargez la loi de transition énergétique publiée en août 2015 en cliquant sur l’image ci-dessous (pdf, 806 Ko) :

PDF - 806.8 ko
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Enfin, très récemment, la proposition de loi visant à limiter le gaspillage alimentaire, déposée par l’ancien ministre délégué à l’agroalimentaire Guillaume Garot, a été adoptée à l’unanimité le 9 décembre 2015 par l’Assemblée nationale, faisant de la France « le pays le plus volontariste d’Europe » selon son rapporteur.
Ce texte dresse un cadre légal contre le gaspillage et permettra notamment de répondre à l’objectif fixé par le pacte national de 2013, sur la réduction de moitié du gaspillage alimentaire d’ici 2025.
Il dresse une hiérarchisation des actions à mettre en œuvre par chaque acteur de la chaîne alimentaire : prévention du gaspillage, utilisation des invendus pour la consommation humaine, pour l’alimentation animale, puis à des fins de compost pour l’agriculture ou de valorisation énergétique.
Il interdit aux grandes surfaces de jeter de la nourriture consommable (les invendus), de détruire de la nourriture consommable (par javellisation notamment. Ces dernières auront l’obligation de signer un protocole avec une association de solidarité afin de faciliter les dons alimentaires. Enfin, la lutte contre le gaspillage alimentaire sera intégrée dans l’éducation à l’alimentation durant le parcours scolaire.
La proposition de loi devrait être présentée au Sénat début 2016, en vue d’une adoption définitive rapide.

3) L’action des agences des Nations unies à Rome en matière de lutte contre les pertes et gaspillages alimentaires

La FAO s’intéresse à cette thématique depuis plusieurs années, se penchant notamment sur l’étude des différences entre le gaspillage et la perte d’aliments et sur son impact sur l’environnement.

L’initiative mondiale de réduction des pertes et du gaspillage alimentaires, SAVE FOOD, a été lancée en 2011 par la FAO et la société Messe Düsseldorf GmbH.
L’initiative vise à encourager le dialogue entre les industriels, les chercheurs, les politiques et la société civile sur le sujet des pertes et gaspillages alimentaires. Elle repose sur quatre piliers :

  1. La sensibilisation sur l’impact et sur les solutions concernant les pertes et déchets alimentaires : au travers de l’organisation de conférences et de rassemblements multi-acteurs
  2. La collaboration et coordination des initiatives mondiales sur la réduction des pertes et déchets alimentaires
  3. Le Développement d’une politique, d’une stratégie et d’un programme pour la réduction des pertes et déchets alimentaires : via la réalisation d’études de terrain
  4. Le Soutien aux programmes d’investissement et aux projets, mis en place par les secteurs privés et publics

En 2013, la FAO a publié la première étude analysant les conséquences sur l’environnement du gaspillage, Food Wastage Footprint : Impacts on Natural Resources.
En complément de cette étude, la FAO a réalisé un guide (à télécharger : Toolkit : Reducing the Food Wastage Footprint, pdf 10 Mo, 119 pages ) contenant des recommandations pour réduire les pertes et gaspillages alimentaires à toutes les étapes de la filière, et présentant un certain nombre de projets et d’initiatives.

La FAO a également lancé, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et plusieurs partenaires, la Campagne « Pensez.Mangez.Préservez – Dites non au gaspillage alimentaire », destinée à soutenir l’initiative SAVE FOOD pour le volet de la prévention et de la réduction du gaspillage alimentaire. Cette campagne a vu la création d’un portail de partage de ressources et d’informations.

Enfin, tout récemment, la FAO et l’IFPRI ont lancé la plateforme technique du G20 sur la mesure et la réduction des pertes et gaspillages alimentaires, réseau de partage d’informations et de coordination, destiné à tous les pays (pays développés et en voie de développement). L’idée est d’apprendre des initiatives et actions engagées dans les pays. Cette plateforme exploite et complète les mécanismes existants, notamment la Communauté mondiale de pratiques sur la réduction des pertes alimentaires qui est gérée conjointement, hors de Rome, par la FAO, le Fonds international pour le développement agricole (FIDA) et le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM), ainsi que le Protocole sur les pertes et gaspillages alimentaires de l’Institut des ressources mondiales. Elle élargit également le travail accompli par le réseau SAVE FOOD, les politiques de l’IFPRI et le programme de recherche du GCRAI sur les institutions et les marchés.

Pilotée par l’IFPRI et la FAO, à l’origine des termes de référence, le secrétariat de la plateforme est basé à la FAO. Les deux organisations auront également un rôle de facilitateur pour alimenter cette plateforme.

Du côté du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA), le sujet des pertes et gaspillages alimentaires a fait l’objet d’un rapport du groupe d’experts de haut niveau publié en 2014 et a donné lieu à la négociation de recommandations politiques lors de la 41ème session plénière du Comité en octobre 2014.

Téléchargez ici (pdf, 215 Ko ) ce rapport d’expert de haut niveau.

Dernière modification : 28/04/2016

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