Sécurité alimentaire et nutrition

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La faim et la malnutrition : des défis toujours d’actualité

Selon les dernières estimations des agences des Nations-unies à Rome, 793 millions de personnes souffrent encore de la faim dans le monde, ce qui signifie qu’une personne sur neuf n’a toujours pas accès aux aliments de base nécessaires à ses besoins énergétiques quotidiens. Environ deux milliards de personnes souffrent par ailleurs de faim cachée liée à un manque en vitamines et en minéraux (en particulier vitamine A, en fer, en iode et en zinc). Enfin 1,9 milliards de personnes ne bénéficient pas d’une alimentation équilibrée, ce qui entrainent des problèmes de surpoids ou d’obésité, mais aussi des maladies non transmissibles et chroniques (maladies cardiaques, diabètes et autres). Selon les données de la FAO, 3,4 millions de personnes meurent chaque année à cause du surpoids ou de l’obésité.

Comme l’ont montré les dernières crises alimentaires de 2005, 2008 et de 2011, l’insécurité alimentaire a des causes complexes et le problème de la faim dans le monde aujourd’hui ne pourra être résolu seulement par une augmentation de la productivité agricole. L’insécurité peut être provoquée par un très grand nombre de facteurs parmi lesquels, les conflits, les chocs climatiques, les pertes et gaspillages, la spéculation financière sur les denrées alimentaires, la compétition pour les ressources naturelles, le manque d’infrastructures pour le transport, le stockage et la conservation des aliments, le manque de pouvoir d’achat. Les personnes les plus exposées à ces facteurs sont à 98% issues des pays en développement.

La sécurité alimentaire est atteinte lorsque « toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive, qui satisfait leurs besoins nutritionnels pour leur permettre de mener une vie active et saine ». Selon la définition adoptée par le sommet mondial de l’alimentation en 1996, 4 dimensions doivent être complétées pour atteindre la sécurité alimentaire :
- La disponibilité des aliments, c’est-à-dire une production agricole suffisante. La FAO estime qu’il faudra augmenter la production agricole de 60% pour faire face à l’augmentation de la population mondiale d’ici 2050.
- L’accès aux aliments, grâce à des moyens de subsistance et un niveau de vie adéquats.
- L’utilisation ou la qualité de l’alimentation, tant au plan de la sécurité sanitaire que de la nutrition.
- La stabilité ou la régularité des approvisionnements, permettant de prévenir les crises alimentaires.

La malnutrition revêt quant à elle trois formes principales, touchant tous les pays et pouvant même coexister dans un même pays ; on parle alors du « triple fardeau » de la malnutrition (coexistence de la sous nutrition chronique ou aigu, les carences en micronutriments et l’obésité et le surpoids).

  • La sous-nutrition, qui correspond à un apport journalier en calories inférieur à 1200 kcal pour un adulte. Elle est à l’origine de 45% des décès d’enfants dans le monde (soit 3,1 millions d’enfants décédés ). Elle provoque différentes pathologies, dont notamment :
  • L’émaciation (ou dépérissement), qui se traduit par une maigreur extrême, signe de la malnutrition aiguë, qui peut mener à la mort (51 millions d’enfants de moins de 5 ans touchés) ;
  • Le retard de croissance, qui est le fruit d’une sous-nutrition chronique, avec des conséquences irréversibles sur le développement physique et cognitif des enfants. 161 millions d’enfants de moins de 5 ans sont affectés (FAO, 2016) ;
  • Le surpoids et l’obésité, qui concernait 1,9 milliard d’adultes en 2014 (dont 600 millions d’obèses) favorisent l’essor des maladies non transmissibles, telles que le diabète ou les maladies cardio-vasculaires, première cause de mortalité dans le monde. Loin de concerner les seuls pays riches, l’obésité connaît une forte augmentation aussi dans les pays en développement, sous l’effet de l’évolution des habitudes et modes de consommation, mais aussi des effets à moyen terme du retard de croissance, qui prédispose à l’obésité et aux maladies chroniques à l’âge adulte.
  • Les carences (« faim cachée ») en micronutriments essentiels à une bonne santé, qui provoquent des pathologies spécifiques telles que l’anémie (carence en fer), le syndrome de Kwashiorkor (carence en protéines), la xérophtalmie (cécité provoquée par une carence en vitamine A), le crétinisme (carence en iode), le scorbut (carence en vitamine C), etc. Plus de 2 milliards de personnes souffrent de carences.

La malnutrition touche plus particulièrement les enfants et les femmes. Chez l’enfant, on estime que la nutrition pendant la période de la conception à 2 ans (dite « des 1000 jours ») est cruciale pour garantir un développement normal. Jusqu’à l’âge de 5 ans ensuite, un suivi est également recommandé. Les femmes enceintes ou allaitantes sont particulièrement exposées aux carences, et notamment à l’anémie.

La malnutrition est un frein au développement économique, tant au plan individuel que collectif. Ainsi, des études ont montré que les enfants qui souffrent d’un retard de croissance accomplissent jusqu’à 1,5 années de moins de scolarité et deviennent des adultes moins productifs et moins qualifiés, et que la malnutrition infantile coûte entre 1,9 à 16% de leur PIB annuel aux pays africains. La FAO estime le coût annuel de la malnutrition à 3,5 trillions de dollars.

L’action des Nations Unies pour affronter le « triple fardeau » de la malnutrition

L’agenda 2030 et le Défi faim zéro

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Les nouveaux objectifs de développement durable (ODD) de l’agenda 2030 (site de l’ONU), adoptés par les chefs d’Etat et de gouvernement lors du Sommet sur le développement à l’Assemblée générale des Nations unies les 25-27 septembre 2015, ont retenu un objectif d’éradication totale de la faim et de la malnutrition d’ici 2030. Ainsi l’ODD numéro 2 « éradiquer la faim, atteindre la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable » (ou défi faim zéro) vise à encourager des pratiques agricoles durables pour transformer les systèmes alimentaires et produire une alimentation saine et de qualité pour parvenir à résorber la faim dans le monde. Cet objectif prévoit que d’ici à 2030 :

-  La faim soit éliminée et que les personnes les plus vulnérables, y compris les nourrissons, aient un accès à une alimentaire saine et nutritive
-  Toutes les formes de malnutrition soient éliminées
-  La productivité agricole et les revenus des petits producteurs alimentaires soient doublés
-  Soit assurée la viabilité des systèmes de production alimentaire et la mise en œuvre des pratiques résilientes pour accroître la production et la productivité.
-  Soit préservée la diversité des semences, des cultures et des animaux d’élevage domestiques

Selon l’ONU, 267 milliards de dollars seront nécessaire pour atteindre ces objectifs d’ici 2030 afin d’investir dans les zones rurales, urbaines et dans la protection sociale.

Retrouvez sur le site des Nations unies l’intégralité des engagements prévu dans le cadre de l’agenda 2030

La deuxième Conférence internationale sur la nutrition (CIN2)

En novembre 2014 s’est tenue une réunion intergouvernementale de haut niveau destinée à attirer une grande attention au niveau mondial sur la malnutrition. Elle a rassemblé à Rome, 170 délégués des Etats membres de la FAO et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) mais aussi de nombreux représentants de la société civile et du secteur privé. Cette conférence a adopté la Déclaration de Rome sur la nutrition ainsi que son cadre d’actions stratégique , par lesquels les gouvernements se sont engagés à éradiquer la faim et toutes les formes de malnutrition dans le monde ; l’objectif étant de « renforcer les systèmes alimentaires durables, de la production à la consommation dans tous les secteurs concernés, en élaborant des politiques publiques cohérentes afin d’assurer, tout au long de l’année, l’accès des populations à des aliments répondant à leurs besoins nutritionnels et de favoriser une alimentation saine et variée. »

La décennie d’actions pour la Nutrition 2016-2025

Dans la continuité de la CIN2, l’Assemblée générale des Nations Unies a annoncé en avril 2016 le lancement de la Décennie d’actions pour la nutrition (2016 – 2025). La FAO et l’OMS, également à l’origine de l’initiative, ont rallié à ce nouveau programme de travail, les gouvernements, chargé de le diriger, mais aussi les organisations intergouvernementales, la société civile, le secteur privé, le Comité de la Sécurité alimentaire, les milieux universitaires, le comité permanent de la nutrition du Système des Nations-Unies, pour un engagement collectif dans l’éradication de la malnutrition. Dans ce cadre les deux agences prévoient de collaborer étroitement avec le Programme alimentaire mondial (PAM), le Fond international pour le développement agricole (FIDA) et le fonds des Nations-Unis pour l’enfance (UNICEF).
La décennie appelle les Etats membres à agir selon 6 piliers pour déterminer leurs actions :

1. Des systèmes alimentaires durables pour une alimentation saine
2. Des systèmes de santé harmonisés assurant la couverture universelle des actions essentielles en nutrition
3. Une Protection sociale et une éducation nutritionnelle
4. Un Commerce et des investissements pour une meilleure nutrition
5. Un environnement favorable à l’allaitement au sein
6. Une gouvernance renforcée et une responsabilisation en matière de nutrition accrue.

L’action de la France

La sécurité alimentaire constitue une des priorités de l’action de la France sur la scène internationale, dans le cadre de sa coopération bilatérale en faveur des pays en développement, notamment en Afrique subsaharienne, comme dans les enceintes multilatérales telles que les Nations unies ou le G20. Elle s’implique également dans la lutte contre toutes les formes de malnutrition en particulier chez les mères et les enfants. La loi d’orientation et de programmation relative à la politique de développement française et de solidarité internationale du 8 juillet 2014 (site de Légifrance) fait de la sécurité alimentaire et nutritionnelle l’un des 10 secteurs d’intervention prioritaire de l’aide au développement française.

L’action de la France repose sur plusieurs piliers :

  • le respect du droit à l’alimentation, reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’homme (article 25) et le Pacte sur les droits économiques, sociaux et culturels (article 11), et précisé par le Comité des droits économiques sociaux et culturels et dans les directives volontaires sur le droit à l’alimentation (site de la FAO) adoptées par la FAO en 2004. La France soutient politiquement le Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation.
  • l’amélioration de la gouvernance mondiale de l’alimentation et de l’agriculture, en vue d’assurer une meilleure coordination internationale et une plus grande cohérence des politiques publiques, tant au niveau national que mondial. La France s’est ainsi fortement mobilisée dans la réforme de 2009 et les travaux du Comité de la sécurité alimentaire (CSA), première plateforme mondiale de discussion sur la sécurité alimentaire et la nutrition, qui associe l’ensemble des acteurs (gouvernements, organisations internationales, société civile, secteur privé, recherche, producteurs). La France soutient par ailleurs le travail de l’équipe spéciale de haut niveau pour la sécurité alimentaire (High Level Task Force - HLTF), mise en place par le Secrétaire général des Nations unies à New York pour mieux coordonner l’action de toutes les organisations du système des Nations unies en matière de sécurité alimentaire et de nutrition.

1. Une nouvelle feuille de route en 2016

En 2016, la France a produit une feuille de route multisectorielle (site du Ministère des Affaires étrangères) pour 2016 à 2020 intitulée « améliorer la nutrition des populations vulnérables ». Elle a été conçue en concertation avec les acteurs français impliqués dans ce secteur, rassemblés dans un sous-groupe du GISA (Groupe interministériel sur la sécurité alimentaire). Cette nouvelle feuille de route vise à améliorer à l’horizon 2020, la prise en compte par la France de la nutrition dans les programmes et stratégies humanitaires et de développement à l’international et prévoit de se centrer sur 8 pays prioritaires : Le Burkina Faso, le Cameroun, le Laos, Madagascar, le Mali, le Niger, la République centrafricaine et le Tchad. Elle cible par ailleurs les secteurs de la santé, de l’agriculture, de l’eau, de l’hygiène, des assainissements et les interventions d’urgence (aide alimentaire) et s’organise en 5 axes stratégiques d’intervention :

1. Intégrer la nutrition dans les programmes mis en œuvre par le MEAE et ses opérateurs dans les pays cibles ;

2. Contribuer à la prise en compte de la nutrition dans les politiques des pays cibles ;

3. Contribuer à accroitre la mobilisation internationale et européenne pour la nutrition ;

4. Contribuer à la recherche et à l’amélioration des connaissances sur la nutrition (causes, impacts et solutions) ;

5. Contribuer à la formation et à la sensibilisation en matière de nutrition

Cette feuille de route a vocation à être mise en œuvre par les acteurs de l’aide publique au développement : ministères, opérateurs, instituts de recherche, collectivités territoriales, en partenariat avec les principaux acteurs français, européens et internationaux engagés pour la nutrition : les organisations non-gouvernementales, fondations, instituts de recherche, institutions des Nations-Unies, Commission européenne, partenaires du mouvement SUN et partenaires du secteur privé.

2. Des résultats

Pendant sa présidence du G20 en 2011, la France a réuni pour la première fois dans ce format les ministres de l’agriculture, qui ont adopté un Plan d’action du G20 sur la volatilité des prix alimentaires et l’agriculture. Dans ce cadre, elle a travaillé étroitement avec l’OCDE et les agences des Nations unies à Rome (FAO, PAM et FIDA), pour faire progresser plusieurs projets qui améliorent la concertation internationale et les réponses coordonnées aux crises alimentaires, dont notamment :

• la mise en place d’un Système d’information sur les marchés agricoles (Agricultural Market Information System – AMIS), hébergé par la FAO et cofinancé par la France. AMIS vise à créer davantage de transparence sur les marchés de denrées, grâce à l’échange d’informations entre les pays, et à réagir, par l’intermédiaire d’un Forum, en cas de crise ;

• l’exemption par les pays du G20 pour ce qui concerne l’aide du Programme alimentaire mondial d’éventuelles restrictions aux exportations ;

• La création d’une réserve humanitaire d’urgence pilotée par la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), soutenue par l’Union européenne ;

• L’adoption d’un code de conduite sur la gestion responsable des réserves d’urgence ;

• La création d’une Plateforme pour la gestion des risques agricoles (PARM), hébergée au FIDA et cofinancée par la France.

des investissements accrus dans l’agriculture et la sécurité alimentaire dans les pays en développement, au travers de sa coopération au développement.

Les actions de développement menées par la France dans le secteur agricole insistent notamment sur :

o la promotion de la résilience des populations face aux chocs, en soutenant le renforcement des capacités locales en matière d’alerte précoce, de prévention et de gestion des crises alimentaires, ainsi que la création et la diversification des moyens de subsistance
Pour en savoir plus, lisez "la résilience dans le cadre de la sécurité alimentaire" publié sur le site du Ministère des Affaires étrangères.

o le soutien à l’agriculture familiale, au travers de politiques publiques adaptées, permettant l’accès des petits agriculteurs, en particulier femmes et jeunes, au foncier, aux ressources naturelles, aux intrants, aux financements, aux technologies.

Lisez notre article sur l’agriculture familiale

o l’appui aux organisations paysannes et le renforcement des capacités collectives de négociation des petits agriculteurs ;

o la prise en compte des enjeux de développement durable et de préservation des ressources naturelles dans l’agriculture et le développement des territoires ruraux

Lisez notre article "agriculture et environnement"

o une croissance durable et inclusive des filières agricoles, et l’amélioration des services aux agriculteurs, en particulier dans le domaine de la recherche agricole et de la prévention des risques sanitaires et phytosanitaires.

De façon transversale, la coopération française veille enfin à prendre en compte la promotion droits des femmes et les problématiques de genre, particulièrement pertinentes pour améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition, et à ne pas créer d’effets négatifs en matière environnementale ou sociale.

Dernière modification : 08/08/2017

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