Les résultats de la COP 21 et le chemin vers la COP 22

Discours prononcé par Serge Tomasi, Ambassadeur de la France auprès des Nations-Unies à Rome, lors du séminaire sur « Les résultats de la COP 21 et le chemin vers la COP 22 » dans le cadre du trente neuvième Conseil des Gouverneurs du FIDA.

Rome, 16 février 2016.

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" Bonjour à tous. Je remercie le FIDA pour cette initiative et son invitation à présenter les résultats de la 21ème Conférence des parties à la Convention cadre des NU sur le changement climatique (COP21).

Je diviserai mon propos en trois parties :

-  tout d’abord, je ferai un résumé des points clés de l’accord de Paris,

-  puis dans un second temps je présenterai les prochaines étapes, cruciales pour sa mise en oeuvre.

-  Dans un troisième temps, je reviendrai sur les éléments qui concernent plus spécifiquement l’agriculture et la sécurité alimentaire, et la façon dont ces sujets ont été abordés à la COP21.

I. Premièrement : Quels sont les points clés de l’accord de Paris ?

L’accord de Paris a été salué comme un succès de la communauté internationale. Pourquoi ? quels sont les points clés de l’accord ?

Le texte de l’accord est apparu très vite à tous les acteurs comme le meilleur équilibre possible entre les parties. Il prépare l’avenir et contient des solutions pour le présent. Il est universel, ambitieux, équitable, et juridiquement contraignant.

C’est un accord universel : pour la première fois, tous les pays se sont engagés dans un accord universel sur le climat, les pays développés et les pays en développement. Il s’appuie sur des contributions nationales à la réduction des émissions de GES déposées par 187 pays. C’est un aspect fondamental car en matière climatique, l’avenir de tous est étroitement dépendant de l’action de chacun. }

C’est un accord ambitieux puisqu’il établit l’objectif de contenir la hausse des températures nettement en dessous de 2°C, et de poursuivre les efforts pour la limiter à 1,5°C. Concrètement, cette ambition se traduit sous la forme d’une trajectoire mondiale des émissions de GES, avec un pic des émissions aussitôt que possible, et la neutralité des émissions dans la 2ème moitié du siècle. }

C’est un accord dynamique qui permet de renforcer progressivement le niveau d’ambition, avec un mécanisme de réexamen tous les 5 ans des contributions nationales, qui doivent être à chaque fois plus ambitieuses. Un premier bilan de ces contributions sera fait en 2018, puis tous les 5 ans à partir de 2023.}

C’est un accord juste, solidaire et équilibré : }

-  d’une part, il endosse le concept de « responsabilités communes mais différenciées  » : les pays développés doivent prendre des engagements de réduction absolue de leurs émissions, tandis que les pays en développement doivent converger graduellement vers ces objectifs compte tenu tenir des circonstances et capacités nationales.

-  D’autre part, pour la première fois, l’adaptation au changement climatique reçoit une égale attention par rapport à l’atténuation des émissions de GES. L’accord fixe un objectif global d’adaptation, et la nécessité de rééquilibrer les financements - notamment publics, au profit des programmes d’adaptation.

Par ailleurs, S’agissant des financements, l’accord met en œuvre une obligation pour les pays développés d’appuyer les pays en développement dans leurs efforts d’atténuation et d’adaptation. Il reconnait aussi que les fonds publics doivent constituer une part « significative » des financements climat. La décision qui l’accompagne étend jusqu’en 2025 l’engagement des 100 milliards de dollars par an, qui servira de base à une cible financière plus ambitieuse, à établir d’ici 2025.

Enfin, l’accord met en place un cadre renforcé pour la transparence, universel et flexible, afin de s’assurer de l’efficacité au fil du temps et de renforcer la confiance entre les pays. Nous ne nous inscrivons pas dans une logique punitive, de sanctions, mais dans une approche visant à promouvoir les incitations et mécanismes de coopération permettant à chacun de progresser.

II. Deuxièmement : l’Accord de Paris n’est pas un point d’arrivée mais un point de départ, ou un point de bascule pour ouvrir la voie à l’établissement d’une économie mondiale bas carbone.

Selon les mots du Président Obama, c’est un accord “qui établit le cadre durable dont le monde a besoin pour résoudre la crise climatique”. En effet, l’Accord de Paris a fixé les principes et les objectifs, mais un travail considérable reste à accomplir pour traduire ces objectifs en dispositions détaillées et opérationnelles permettant la mise en œuvre de l’accord.

Les mécanismes pour le relèvement de l’ambition, le suivi et le soutien financier doivent encore être précisés. Ainsi, nous devons définir collectivement les modalités de présentation des contributions nationales ou préciser la définition et comptabilisation des finances climat.

Les parties devront développer d’ici 2018, sur la base du modèle existant, les règles et modalités du cadre de transparence renforcé. Celui-ci s’appliquera à tous, en tenant compte des capacités des pays, et permettra d’assurer la transparence des efforts d’atténuation et d’adaptation et des soutiens financiers.

Pour préparer ces décisions, un groupe de travail chargé de l’application de l’accord de Paris (nommé APA) sera créé et se réunira pour la première fois en mai 2016 à Bonn (Allemagne).

III. Comment l’agriculture et la sécurité alimentaire ont été abordées à Paris  :

Premièrement, malgré le caractère très sensible de la question du lien entre agriculture et changement climatique, celle-ci n’est pas ignorée dans l’accord de Paris.

En effet, le préambule de l’accord final fait spécifiquement référence à la « priorité fondamentale consistant à protéger la sécurité alimentaire et à venir à bout de la faim, et la vulnérabilité particulière des systèmes de production alimentaire aux effets néfastes des changements climatiques ». Le préambule se réfère également aux droits de l’homme, à l’égalité des sexes, aux écosystèmes et la biodiversité, toutes questions centrales, comme vous le savez, dans notre travail à Rome.

De plus, l’article 2.1 de l’accord fait référence au renforcement « des capacités d’adaptation aux effets néfastes des changements climatiques et [à la promotion] de la résilience à ces changements et [d’] un développement à faible émission de gaz à effet de serre, d’une manière qui ne menace pas la production alimentaire ». Il s’agit bien de concilier les agendas climatiques et de la promotion de la sécurité alimentaire pour tous.

Deuxièmement, l’agriculture est une composante essentielle des contributions déterminées au niveau national (INDCs). Des chercheurs ont en effet relevé que 80% des INDCs déposées à Paris et 60% des stratégies nationales d’adaptation se réfèrent à l’agriculture.

Troisièmement, l’agriculture a été intégrée au processus de la COP21, par le biais du Programme d’action Lima-Paris (LPAA).

Le Programme d’action, qui vous a été présenté par l’Ambassadrice du Pérou, est un pilier important de la COP21 qui a permis de mobiliser pour la première fois un large éventail d’acteurs. Près de 10 000 acteurs (villes, régions, entreprises et ONG) de 180 pays ont pris des engagements à agir. 12 journées d’action thématiques ont été organisées à Paris dans ce cadre.

La journée d’action sur l’agriculture a été organisée conjointement par le Ministère français de l’agriculture et la FAO. Le FIDA y était représenté par le Président Nwanze. Notre objectif était de mieux intégrer l’agriculture dans le Programme d’action et, plus largement, dans le processus de la COP.

6 initiatives ont été présentées :

L’initiative multi-partenariale lancée par la France “4 pour 1000 : les sols pour la sécurité alimentaires et le climat ”, dont le but est d’améliorer la productivité des sols et de réduire les émissions de GES par la séquestration de carbone ;
• “Life Beef Carbon”, sur la réduction des émissions de l’élevage ;
Le Programme du FIDA d’adaptation des petits agriculteurs au changement climatique (ASAP) ;
Une initiative de la CEDEAO sur la “transition climato-intelligente et l’agroécologie en Afrique de l’Ouest” ;

2 initiatives de la FAO : “Blue Growth” et “Save Food”, sur la réduction des pertes et gaspillages alimentaires.

L’accord de Paris confirme la poursuite du LPAA et soutient les initiatives de tous les acteurs déposées à Paris. Cette mobilisation doit être maintenue et amplifiée en 2016. la L’ensemble des initiatives du Programme d’action Lima-Paris feront l’objet d’un suivi, grâce à la nomination de 2 « champions de haut niveau » chargés de renforcer la mobilisation des acteurs non étatiques et intergouvernementaux, et à un certain nombre de rendez-vous, jusqu’à la COP22 à Marrakech : publication par le Secrétariat de la CCNUCC d’un « résumé à l’intention des décideurs » des journées LPAA, organisation d’un sommet sur l’action pour le climat par le SGNU à Washington les 5-6 mai, sommet des acteurs non étatiques à Nantes en septembre.

En conclusion, des efforts supplémentaires sont encore nécessaires pour maintenir l’élan et accélérer la transformation de nos économies vers des sociétés résilientes et bas carbone. L’année 2016 sera aussi déterminante pour la mise en application de l’accord.

Pour aller de l’avant, trois étapes essentielles sont prévues dans les mois prochains :

- la cérémonie de signature de l’accord le 22 avril au siège de l’ONU à New York. Nous invitons tous les pays à y participer et à lancer sans tarder leur processus de ratification, afin de permettre d’atteindre rapidement le seuil de 55 pays représentant au moins 55% des émissions mondiales de GES, nécessaire à l’entrée en vigueur de l’accord.
- la première réunion du groupe de travail pour la mise en oeuvre de l’accord de Paris en mai à Bonn ;
- la COP22 en novembre prochain à Marrakech, qui sera clé pour évaluer et renforcer l’action pré-2020. La France est déterminée à travailler étroitement à cet effet avec la future présidence marocaine./. "

Pour retrouver les diapositives présentées en support de ce discours :
téléchargez le document " COP 21, résultats et prochaines étapes" (pdf – 462 Ko)

Dernière modification : 02/08/2017

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