Le rôle clé des femmes pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle

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L’autonomisation des femmes pour parvenir à l’égalité des genres : un facteur de développement durable pour assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle

Dans le rapport sur la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture (SOFA, 2011), intitulé « Le rôle des femmes dans l’agriculture : combler le fossé entre les hommes et les femmes pour soutenir le développement » , l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (OAA / FAO) a souligné le rôle clé des femmes dans le secteur agricole et dressé le constat selon lequel l’inégalité hommes-femmes est un frein au développement et à la sécurité alimentaire. Ce rapport a été l’un des catalyseurs de la prise de conscience du rôle clé des femmes.

Accédez au rapport sur la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture (SOFA, 2011) sur le site de la FAO

Les femmes sont effectivement des acteurs essentiels du monde agricole. Elles représentent en moyenne 43%de la main-d’œuvre agricole dans les pays en développement, cette part pouvant aller jusqu’à 80%, dans les pays du Sahel par exemple (FAO, 2016). Pourtant leur travail, souvent informel et opéré dans le cadre familial, est rarement reconnu ou rémunéré comme tel.

Elles font face en outre à de nombreuses inégalités par rapport aux hommes, qui freinent leur potentiel dans le développement de l’économie. En effet, les femmes travaillent dans - ou possèdent - généralement des exploitations plus petites, ont un cheptel plus modeste ou moins productif, une charge de travail globale plus importante, ont moins d’accès aux crédits, aux intrants, aux technologies et à la mécanisation. Par ailleurs, moins éduquées, elles ont un accès plus limité à la formation agricole, aux services de vulgarisation, et ont plus de difficultés à faire respecter leurs droits.

Les femmes jouent également un rôle crucial dans la gestion de l’alimentation et de la bonne nutrition à l’intérieur des familles. Adultes, adolescentes ou petites filles, elles sont cependant davantage victimes de la malnutrition.

Le bilan des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) de septembre 2010, à l’Assemblée générale des Nations unies, a révélé que malgré les efforts internationaux, les femmes bénéficiaient moins des politiques de développement et faisaient face à des discriminations spécifiques (dans la prise de décision, l’accès au marché du travail et à des activités économiques à plus haute valeur ajoutée, le contrôle du corps, des naissances et l’accès à la santé sexuelle et reproductive, le respect des droits et la lutte contre les violences). Pour cela, le programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations-Unies, adopté par l’Assemblée générale des Nations-Unies en septembre 2015 met l’accent sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles en y dédiant un objectif spécifique

Lisez l’objectif du développement durable numéro 5 sur le site de l’ONU

Ces nombreuses inégalités engendrent de grande pertes au niveau de la production agricole et sont aussi une entrave la croissance économique et à l’atteinte de la sécurité alimentaire. En effet, le selon le rapport SOFA 2011, si les femmes avaient le même accès que les hommes aux ressources productives, elles pourraient augmenter de 20 à 30 pour cent les rendements de leur exploitation, ce qui aurait pour effet d’accroître la production agricole totale des pays en développement de 2,5 à 4 pour cent. Des gains de production de cette ampleur pourraient réduire de 17 pour cent le nombre de personnes souffrant de faim dans le monde. Par ailleurs, il est démontré que la gestion d’un capital plus important par les femmes a des effets positifs sur la formation de capital humain et sur la croissance économique, les femmes dédiant une part plus importante que les hommes à l’alimentation, à la santé et à l’éducation de leurs enfants.

L’amélioration de la sécurité alimentaire passera donc par trois domaines d’action prioritaires :

  • L’élimination des discriminations hommes-femmes dans l’accès aux ressources agricoles, à l’instruction, à la vulgarisation, aux services financiers et aux marchés du travail ;
  • L’investissement dans des technologies et des infrastructures pour réduire la pénibilité du travail agricole, améliorer la productivité et faire face au changement climatique ;
  • La facilitation de la participation des femmes aux prises de décisions.

L’application, lors de la conception des projets de développement , comme le font les trois agences des Nations unies basées à Rome, de méthodologies telles que l’étude de la répartition de la charge de travail et de la nourriture au sein des ménages, l’utilisation d’un indicateur mesurant la diversité alimentaire chez les femmes, la notation systématique des projets suivant leur degré de prise en compte du genre, peuvent contribuer à améliorer grandement l’impact des actions de développement dans le domaine de la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Les stratégies des trois agences romaines en matière d’égalité des genres et d’autonomisation des femmes

La politique d’égalité hommes femmes de la FAO actuellement en vigueur a été adoptée par le directeur général, José Graziano Da Silva en mars 2012. A travers cette politique, l’Organisation s’est engagée à fournir à partir de 2015 des données ventilées par sexe et à adopter des normes et standards dans la formulation des projets. Ces normes ont pour objectif de permettre de mieux cibler les femmes dans les programmes, afin qu’elles obtiennent un accès équitable à l’emploi décent, aux ressources et services ainsi qu’un pouvoir de décision dans les politiques qui soit égal à celui des hommes. Le thème de la parité hommes-femmes est traité de manière transversale par l’Organisation de sorte à ce que cette dimension soit prise en compte dans tous ses programmes et projets.

Le dernier rapport de l’Organisation sur ce thème « Atteindre nos objectifs, le programme de la FAO pour l’égalité entre les sexes dans l’agriculture et le développement rural », accessible ici (site de la FAO), recueille les récentes activités de la FAO en la matière. Ces actions visent par exemple à intégrer les femmes aux chaînes de valeur, à améliorer leur nutrition et leurs capacités techniques, notamment pour qu’elles puissent s’adapter au changement climatique et produire de manière plus durable.Les clubs d’écoute communautaires de la FAO, appelés Dimitra, permettant de réunir femmes, hommes et jeunes pour débattre et échanger sur différents thèmes. Il en existe actuellement 1600 actifs dans 5 pays d’Afrique subsaharienne (Niger, République du Congo, Burundi, Sénégal et Ghana). Ces clubs sont un bon moyen de faire valoir et respecter les droits des femmes aux yeux de leur communauté.

La politique en matière de problématique hommes-femmes du PAM pour la période 2015-2020 (site du PAM) est mise en œuvre par le biais d’un plan d’action visant à la rendre opérationnelle sur le terrain et à engager les transformations organisationnelles nécessaires. Il comporte 4 grands objectifs i) apporter une assistance alimentaire adaptée à des besoins spécifiques, ii) faire participer sur un pied d’égalité hommes et femmes à la conception des programmes iii) favoriser la prise de décision des femmes et jeunes filles iv) protéger les femmes des violences sexistes.

Pour agir de manière adaptée aux différents besoins, l’agence priorise la collecte et l’analyse de données ventilées par sexe et aussi désormais par âge. De même qu’à la FAO, la problématique de l’égalité des genres est traitée de manière transversale dans tous les projets et programmes.

La politique en la matière du FIDA (site du FIDA) (site du FIDA) date de 2012 et s’articule autour de 3 objectifs stratégiques, (i) promouvoir l’autonomisation économique des femmes, (ii) assurer une participation et une influence égales au sein des institutions et organisations rurales, (iii) faire en sorte que la charge de travail et les bénéfices sociaux et économiques soient équitablement partagés.

Pour ses programmes de pays et ses projets, le FIDA assure un soutien technique permettant l’intégration de la question de genre dès la conception des projets. Le FIDA travaille désormais auprès des ménages afin d’influer les comportements de l’ensemble des membres participant et œuvrant ensemble pour développer leur potentiel. Des activités ciblant spécifiquement les femmes restent toutefois mises en place afin de corriger les déséquilibres existants. La représentation des femmes parmi les bénéficiaires du FIDA est ainsi passée de 28 millions en 2011 à 56 millions en 2015 (soit la moitié des bénéficiaires). Elles occupent désormais une place prépondérante dans la formation aux activités commerciales, à l’entreprenariat, aux questions de gestion communautaire et représentent également la moitié des personnes ayant reçu une formation aux pratiques de production végétale et animale.

Le FIDA continue par ailleurs de développer des outils et de mener des études afin de mieux comprendre les différents rôles, intérêts et priorités entre les femmes et les hommes. Ces études permettent notamment de mesurer le degré de contrôle des femmes sur des points critiques tels que les prises de décision, l’accès aux ressources, le contrôle du revenu, le leadership au sein de la communauté.

L’égalité femmes-hommes : un principe au cœur des politiques de développement de la France

La défense des droits des femmes et de l’égalité femmes-hommes, reconnue comme un des facteurs qui engendrent une aide au développement juste, équitable et durable, est une priorité transversale de l’action extérieure de la France, en conformité avec ses engagements internationaux, notamment la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (1979) et le Plan d’action de Pékin sur les femmes et le développement (1995).

La France s’est dotée d’une stratégie Genre et développement en 2007 ; stratégie qu’elle a renouvelée pour la période 2013-2017.

Retrouvez la stratégie Genre et développement sur le site du Ministère de l’Europe et des affaires étrangères

Après son élection en mai 2017, le Président de la République Emmanuel Macron a également nommé une Secrétaire d’Etat auprès du premier ministre en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, afin de renforcer les actions de la France dans ce domaine. La stratégie genre de la France, qui vise à tenir compte de cette question dans tous les secteurs de notre coopération au développement, énonce plusieurs grands objectifs :

  1. la prise en compte du genre dans tous les instruments de financement du développement ;
  2. le renforcement des capacités des agents du Ministère des affaires étrangères sur les questions de genre et développement ;
  3. la mobilisation et le soutien de la recherche sur le genre et le développement pour définir des objectifs et des indicateurs communs par secteur de développement ;
  4. la question de l’égalité des femmes-hommes et des droits des femmes mise au cœur du dialogue bilatéral ;
  5. la promotion de l’égalité dans les enceintes européennes et multilatérales ;
  6. la garantie de la redevabilité des engagements pris dans le cadre de cette stratégie.

  7. La France est à l’origine, depuis 2006, avec les Pays-Bas, d’une résolution biennale de l’Assemblée générale de l’ONU sur l’intensification des efforts en vue d’éliminer toutes les formes de violence à l’égard des femmes. La France est très impliquée dans les activités de la Commission de la condition de la femme, commission fonctionnelle de l’ECOSOC, dédiée à l’égalité des sexes et la promotion des femmes. La France, par l’intermédiaire du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, apporte son soutien, politique et financier, à ONU Femmes. La France est mobilisée pour que soit renforcée la prise en compte de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » sur la scène internationale ; la France a adopté adopté en octobre 2010 un 1er plan national d’action pour la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies sur les femmes dans les conflits armés (résolutions « Femmes, paix et sécurité » 1325, 1820, 1888, 1889, 1960), qui vise à renforcer la protection des femmes pendant les conflits et à soutenir leur participation aux négociations de paix et aux processus de transition politique ; un 2e plan national d’action a été adoptée pour la période 2015-2018.

La France soutient enfin l’action menée par la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies chargée de la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits.

L’engagement de la Représentation permanente dans la défense de l’égalité femmes-hommes

Conformément à la stratégie française sur le genre et le développement, la Représentation Permanente de la France à Rome veille à promouvoir une bonne intégration des problématiques de genre au sein des politiques et des programmes des trois agences des Nations unies présentes dans cette ville : La FAO, le PAM et le FIDA. Ce travail repose en particulier sur l’action d’une correspondante genre, qui est en relation régulière avec les services chargés du genre dans chacune des trois organisations. Cette correspondante a ainsi participé et apporté son expertise au groupe consultatif créé pour l’élaboration de la nouvelle stratégie genre du PAM, adoptée en mai 2015.

La correspondante genre participe également aux réunions et activités du réseau féminin des Représentations permanentes sur la problématique hommes-femmes (Network for Women’s Empowerment and Gender Equality’ ou Gender Network) né en 2008 sous l’impulsion de femmes représentantes permanentes et qui se réunit occasionnellement pour évoquer les actions entreprises par les institutions des Nations unies basées à Rome sur la parité homme-femme.

Dernière modification : 31/07/2017

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