Entretien avec Delphine Borione, Ambassadrice auprès de la FAO, du PAM et du FIDA

Retrouvez l’entretien de Delphine Borione avec Alain Boinet, créateur du site Défis humanitaires.

L’ensemble de l’entretien est à lire sur le site Défis humanitaires.

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Delphine Borione, vous êtes ambassadrice, représentante permanente de la France auprès de l’Organisation des Nations-Unies pour l’agriculture et l’alimentation ainsi que du Programme Alimentaire Mondial et du Fonds International de Développement Agricole. A Rome, vous avez vécu en direct le choc de pandémie du Covid-19 sur les pays et les populations les plus fragiles. Pouvez-vous aujourd’hui en évaluer l’ampleur et les conséquences ?

La crise sanitaire s’est déclarée dans un contexte où la sécurité alimentaire mondiale était déjà en cours de dégradation. Le récent rapport sur les crises alimentaires mondiales confirme cette tendance depuis au moins 2017. A la fin de l’année 2019, on comptait 135 millions de personnes dans le monde souffrant sévèrement de la faim (indice IPC 3 et plus), dont plus de 50% en Afrique. Les causes de cette dégradation s’expliquent par des facteurs structurels tels que l’instabilité politique ou économique, les effets du réchauffement climatique, ou des crises ponctuelles comme la crise acridienne. Avec cette nouvelle crise sanitaire, le PAM prévoit que près de 130 millions d’individus supplémentaires pourraient être en situation d’insécurité alimentaire aiguë.

La complexité et l’ampleur de cette crise repose sur le fait qu’elle touche l’ensemble des systèmes alimentaires, affectant la production agricole et les secteurs en amont jusqu’au niveau de la demande alimentaire. Les ruptures observées dans les chaînes de distribution et les restrictions de déplacement de la main d’œuvre ont été les principaux risques de déstabilisation de l’offre alimentaire. La demande et la baisses des revenus ont également connu un choc important, suite à une hausse dans les premières semaines de la crise suivie d’une baisse durable en raison de la baisse d’activité économique.

Cependant on remarque que, au moins à court terme, les systèmes alimentaires ont fait preuve d’une relative résilience face à un choc soudain et systémique. La question est désormais de savoir comment ces systèmes vont s’adapter dans un contexte de ralentissement économique durable et d’évolution des habitudes de consommation.

La crise aura aussi des conséquences durables sur la qualité et la diversité nutritionnelle des populations, les effets de la baisse des revenus et de l’activité économique risquent d’encourager un appauvrissement des régimes alimentaires. L’arrêt momentané des services de restauration collective a aussi contribué à dégrader la diversité nutritionnelle des populations les plus vulnérables, notamment des enfants privés d’accès aux repas scolaires, et cela dans de très nombreux pays, développés ou en développement.

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Après la crise sanitaire, on redoute maintenant une crise économique et sociale quoi pourrait aussi devenir politique. Que peuvent faire, que font, que doivent faire les trois organisations internationales auprès desquelles vous représenter la France ?

En qualité d’organisations multilatérales du système des Nations Unies, les trois organisations basées à Rome ont d’abord la charge de maintenir un dialogue politique constructif entre tous les Etats membres. Le caractère global de la crise doit nous amener à une action multilatérale et coordonnée à l’échelle internationale, et c’est une occasion importante pour rappeler la légitimité du système des Nations Unies à répondre à des crises de cette ampleur.

En parallèle, les institutions romaines sont fortement engagées au côté des gouvernements afin de limiter les impacts socio-économiques de la crise et ainsi éviter d’éventuelles tensions politiques et violences. La crise touche surtout les populations les plus vulnérables, qui consacrent une part importante de leurs revenus aux achats alimentaires. Un exemple de l’impact concret de l’action des organisations romaines sont les systèmes de protection sociale, qui permettent de préserver le tissu productif en évitant le recours à des stratégies d’adaptation à court terme, c’est-à-dire la vente par les ménages de leur capital productif qui mettrait en péril leurs moyens de subsistance dans la période post-crise.

Cette crise ne vous interpelle pas sur la dépendance alimentaire de pays dont une grande partie de la population est pourtant composée d’agriculteurs et d’éleveurs. Ne doit-on pas les soutenir à devenir plus résilient et à mieux assumer leur indépendance alimentaire pour la sécurité des populations ?

La question de la dépendance alimentaire est en effet un facteur de risques qui doit nous amener à chercher des modèles de développement agricole plus durables et résilients, d’autant plus quand on sait que ce sont les populations rurales qui sont les plus vulnérables à la baisse des revenus. Un récent rapport de la FAO montre une hausse des besoins en aide alimentaire au mois de juin et liste 44 pays en situation de dépendance alimentaire.

Cette question de résilience est une priorité pour la France, et cela depuis longtemps : nous insistons sur le besoin de renforcer la résilience des populations face à ces multiples crises et de proposer des réponses fondées sur la durabilité en termes économiques, sociaux et environnementaux. Ce sont des thèmes qui faisaient partie des conclusions du CICID en 2018 et de la Stratégie internationale de la France sur la sécurité alimentaire, la nutrition et l’agriculture durable adoptée en 2019, et je les ai beaucoup défendu à Rome toutes ces années. Il est essentiel de soutenir l’agriculture familiale et les petits producteurs, dont dépend en grande majorité la production agricole dans de nombreux pays en développement. Parmi ces producteurs, les femmes et jeunes travailleurs sont à la fois des maillons essentiels et plus vulnérables de ces systèmes alimentaires.

Parmi les positions que je défends activement dans les organisations romaines FAO, PAM et FIDA, c’est d’encourager des pratiques qui renforcent à la fois la durabilité environnementale de la production tout en permettant de produire mieux en qualité et en quantité. Les pratiques telles que l’agroécologie offrent l’avantage de reposer sur une main d’œuvre locale, de favoriser la diversité des cultures tout en réduisant la dépendance aux intrants importés et la ponction sur les ressources naturelles. La réduction des pertes de récoltes et du gaspillage alimentaire est aussi un sujet clé qui prend une importance croissante dans les travaux sur les systèmes alimentaires.

Comme Ambassadrice auprès de ces organisations, pouvez-vous expliquer à nos lecteurs en quoi consiste votre action dans le cadre de ces organisations et quelle en est la valeur ajoutée ?

Mon rôle à la tête de la Représentation Permanente de la France auprès de la FAO, du PAM, du FIDA (et qui assure aussi le suivi du Comité de la sécurité alimentaire mondiale –CSA), est d’assurer une bonne coopération entre les acteurs français et ces institutions de façon à ce qu’elles assurent au mieux leur mandat et répondent aux besoins. Cela consiste concrètement dans le fait d’assurer l’information des autorités françaises sur le fonctionnement et les évolutions de ces institutions, de représenter la France dans leurs organes de gouvernance, d’y promouvoir les positions et les grandes priorités stratégiques françaises et européennes, et de faire le suivi des contributions financières françaises, et de développer des projets de coopération et des partenariats avec la recherche française. Nous avons également à assumer un rôle de défense de la francophonie et d’accompagnement des Français qui travaillent dans ces agences. Nous pouvons conseiller des entreprises françaises dans leurs relations avec ces organisations. En bref nous jouons un rôle de plaidoyer, de facilitateur, de courroie de transmission entre les acteurs français et ces institutions.

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L’ensemble de l’entretien est à lire sur le site Défis humanitaires.

Dernière modification : 16/07/2020

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