Discours du M. Stéphane Travert à l’occasion de la Journée mondiale de l’Alimentation

Le 16 octobre 2017 à Rome s’est tenue la journée mondiale de l’alimentation, à la FAO .

Voici le discours que le Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Stéphane Travert, a prononcé lors de cet événement :

Monsieur le Directeur Général, Cher José Graziano Da Silva
Mesdames et messieurs les Ministres,
Monsieur le Commissaire européen, Cher Phil Hogan
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

• C’est un honneur pour moi d’être ici, à Rome, à l’occasion de la journée de l’alimentation et de m’exprimer devant vous aujourd’hui pour la première fois.

• La faim et la malnutrition, non seulement persistent mais ont même progressé l’an dernier, en raison des conflits qui se multiplient et des changements climatiques. Merci ici d’avoir choisi ces thèmes qui illustrent si bien, jour après jour, la triste actualité de notre monde.

• Cette situation de faim et malnutrition persistante est moralement inacceptable. C’est notre responsabilité commune de nous mobiliser pour s’assurer que la sécurité alimentaire demeure une priorité politique de premier plan.

• Pour mon pays, la France, la sécurité alimentaire est un enjeu majeur et je remercie le Directeur Général de la FAO, pour son travail constant, la force de ses convictions, pour son invitation d’aujourd’hui, et puis pour son engagement et celui également de tous les personnels de la FAO pour être en capacité demain de relever ces défis collectifs.

• Je salue également le Directeur exécutif du PAM, dont les agents œuvrent avec un total engagement également sur tous les terrains pour fournir une assistance alimentaire dans les pays en crise, ainsi que le président du FIDA, dont l’action auprès des plus pauvres et des plus vulnérables est précieuse et reconnue.

• Chaque jour, des hommes, des femmes, des familles, des enfants se voient contraints de quitter leur pays, leur famille, leurs proches, face à ces crises multiples et violentes qu’ils subissent de plein fouet.

• Assurer le maintien d’une activité agricole et développer l’industrie agro-alimentaire dans les pays d’origine peut contribuer à fournir des emplois, en particulier aux jeunes, à fixer les populations rurales, et augmenter leur niveau de vie. A donner aux populations, enfin, le choix de leur avenir.

• Nous partageons l’idée qu’investir dans l’agriculture et le développement rural est indispensable pour garantir la sécurité alimentaire. Il faut investir plus, mais il faut investir mieux, avec des objectifs clairs et partagés.

• Répondre au défi de la sécurité alimentaire, c’est être ainsi capable de limiter les impacts du climat sur la production alimentaire et engager la transition vers des systèmes alimentaires résilients et durables. L’Accord de Paris a consacré de ce point de vue, marqué, une avancée majeure, et le Président de la République, Emmanuel Macron, a démontré la volonté forte de la France d’ en renforcer la mise en œuvre. Plus généralement, notre action doit s’inscrire dans le cadre de l’Agenda 2030 et de ses objectifs de développement durable. C’est aussi dans cet esprit que s’opèrent les réflexions engagées au niveau européen dans le cadre de la réforme de la PAC.

• Pour répondre aux défis de l’accord de Paris et avec, les objectifs de développement durable, je suis convaincu de l’importance stratégique du secteur agricole. Le secteur agricole est porteur de solutions durables face aux grands défis de notre temps. Pour cela, c’est une agriculture multi-performante que nous devons mettre en place ensemble.

• C’est par exemple le sens de l’initiative « 4 pour mille : des sols pour la sécurité alimentaire et le climat » créée et lancée lors de la COP21, et qui recueille chaque jour dans tous les pays de nouveaux appuis. Cette initiative vise à faire évoluer les pratiques et les systèmes agricoles, de manière durable, en encourageant le captage du carbone dans les sols, ce qui est bon pour le climat mais aussi pour la fertilité des sols, et donc pour l’agriculture et la sécurité alimentaire.

• Au-delà, c’est bien le développement de territoires ruraux vivants et attractifs que nous devons accompagner. Des territoires qui permettent de faire émerger des activités économiques liées à l’agriculture et qui contribuent à créer des emplois notamment pour les jeunes.

• Cela nécessite la mise en place de politiques ambitieuses d’aménagement du territoire, de transports, de mobilité, de santé, de protection sociale, en plus des politiques agricoles et alimentaires.

• Nous savons également que l’aide alimentaire d’urgence est indispensable en cas de crise grave. Mais il est fondamental également d’accompagner dans la durée la modernisation des petites exploitations des pays en développement et l’émergence partout où cela est possible de filières locales. Cela nécessite des efforts coordonnées d’investissements et de renforcement de nos capacités.

• Les efforts de ré-investissement dans l’agriculture, publics ou privés – car nous avons besoin ici, de la mobilisation de tous et de chacun - , ne pourront cependant porter leurs fruits que s’ils intègrent pleinement les dimensions de responsabilité sociale et environnementale, et notamment les Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers et les Principes pour un investissement responsable dans l’agriculture et les systèmes alimentaires adoptés par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale.

• Nous savons ainsi que les investissements ne se valent pas tous, et il est important aussi d’encourager ceux qui seront les plus à même de créer des emplois décents. Et de ce point de vue, il est notamment prioritaire de soutenir les agricultures familiales. Il s’agit d’offrir de nouvelles opportunités pour les jeunes qui vont entrer massivement sur le marché de l’emploi en particulier en Afrique ; il convient aussi de veiller à donner toute leur place aux femmes qui souffrent encore trop tous les jours, de violence, et de discriminations.

• Enfin, il est important de créer de la valeur ajoutée et d’améliorer le partage de celle ci dans la chaîne de valeur, en particulier au profit des agriculteurs. Et c’est vrai au Sud comme au Nord.

• C’est pour cette raison que le Président de la République française a lancé les États généraux de l’alimentation qui visent à relancer cette création de valeur, en assurer l’équitable répartition, et permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail. Et par le paiement de prix justes, accompagner la transformation des modèles de production pour répondre davantage aux attentes et aux besoins des consommateurs et des citoyens, en privilégiant une alimentation saine, durable et accessible à tous.

• Ces États généraux de l’alimentation associent l’ensemble des parties prenantes : le monde agricole et la pêche, les industries agroalimentaires, la distribution, les consommateurs, la restauration collective, les élus, les partenaires sociaux, les acteurs de l’économie sociale et solidaire, la santé, les Organisations Non Gouvernementales, les associations caritatives et l’aide alimentaire à l’international, les banques et les assurances.

• Car c’est effectivement en travaillant ensemble, avec tous les acteurs, que nous pourrons aider l’agriculture à se transformer.

• Le pape François a beaucoup insisté tout à l’heure sur le gaspillage alimentaire. C’est une difficulté contre laquelle nous devons travailler ensemble et lutter. Les causes du gaspillage alimentaire sont nombreuses et sont liées notamment à la perte de valeur monétaire et symbolique de l’alimentation par rapport à d’autres dépenses. La réduction du gaspillage répond donc à un triple enjeu, environnemental, économique, éthique et social. Car ici jeter de la nourriture est inacceptable, dans la perspective d’une crise alimentaire mondiale et dans un contexte social où l’on sait que trop de personnes encore souffrent de malnutrition.

• Pour terminer, soyez assurés du soutien de la France et que la France est et restera au côté de la FAO pour relever tous ces défis. Et je lui souhaite tous mes vœux de réussite et de succès dans cette grande entreprise. Je sais que c’est ensemble que nous parviendrons à construire une société de paix et de fraternité, une paix juste et meilleure, pour laisser un monde meilleur à nos enfants et à notre planète.

• Je vous remercie de votre attention.

photo du logo : Stéphane Travert serrant la main du pape lors de l’événement. Photo prise par le photographe de la FAO

Dernière modification : 02/02/2018

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