Discours de l’Ambassadeur Serge Tomasi à la 39ème session de la Conférence de la FAO

Discours de la France prononcé par M. Serge Tomasi, Ambassadeur, Représentant permanent de la France auprès de la FAO, du PAM et du FIDA, au cours de la 39ème session de la Conférence de la FAO dont le thème était : "Briser le cercle vicieux de la pauvreté rurale et de la faim en renforçant la résilience en milieu rural : protection sociale et développement durable de l’agriculture"

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les délégués, chers collègues et amis,

Un homme qui a faim n’est pas un homme libre.

Il ne peut exercer aucun droit, il ne peut connaître aucun développement humain, il ne peut participer à aucun progrès.

Depuis la nuit des temps l’homme lutte pour sa survie, et notamment pour se nourrir.

Or pour la première fois dans l’histoire, nous sommes en mesure de délier l’humanité du fléau de la faim.

Déjà, nous avons atteint l’objectif du millénaire pour le développement qui visait à réduire de moitié la proportion de la population mondiale souffrant de la faim.

C’est un résultat remarquable. Mais nous le savons aussi, dans un contexte de forte croissance démographique, le nombre absolu de personnes souffrant de faim chronique a connu une réduction plus lente, passant de 994 millions à moins de 800 millions.

Jusqu’à quand pourrons nous tolérer l’intolérable, près de 800 millions de personnes, souffrant de faim chronique dans un monde où, au cours du 20ème siècle, le PIB mondial a été multiplié par un facteur 22 !

Nous devons tous, en septembre 2015 à New York, soutenir l’adoption d’un agenda du développement pour l’après-2015 ambitieux et en particulier l’Objectif 2 qui vise à éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition, et promouvoir une agriculture durable.

C’est le plus emblématique pour les Ministres de l’agriculture, c’est le mandat donné à la FAO dont nous fêtons cette année les 70 ans !

Pour ce faire, nous devrons relever bien des défis, en particulier celui de la croissance de la population mondiale qui devrait d’ici 2050 augmenter encore de 2 milliards d’individus, et celui de la dégradation de l’environnement et notamment des dérèglements climatiques.

Deux épées de Damoclès sur notre avenir commun, et une ombre portée sur notre capacité à éliminer la faim.

Monsieur le Président,

La France se félicite du choix du thème de cette conférence et souhaite porter ici 3 messages :

1. Premier message : Nous partageons avec la FAO la conviction que le problème de la faim aujourd’hui n’est pas seulement un problème de production agricole.

Le défi est aussi celui du creusement des inégalités dans le monde, et de persistance de la grande pauvreté en milieu rural qui fait que deux tiers des populations en situation de pauvreté absolue et, plus affligeant encore, 2/3 de ceux qui ont faim, aujourd’hui, vivent en milieu rural.

Voilà pourquoi il faut, comme le propose la FAO, promouvoir des approches holistiques, afin d’assurer que la croissance économique et la croissance de l’offre agricole, de manière durable, aillent de pair avec une répartition équitable des fruits de cette croissance et l’accès à la nourriture pour tous, en particulier les agriculteurs familiaux et les populations rurales.

Les mécanismes de protection sociale peuvent être un puissant vecteur de lutte contre la pauvreté et partant de là un moyen efficace de lutte contre la faim. Le Président Luiz Inacio Lula da Silva a partagé avec nous l’expérience du Brésil samedi matin. Beaucoup d’entre vous ont bien voulu présenter ici leurs expériences.

La France a quant à elle développé au long de son histoire un système universel de protection sociale où la mutualité agricole a joué souvent un rôle pionnier.

Au plan international, elle a soutenu lors de sa présidence du G20 l’engagement de promouvoir des socles de protection sociale, proposé par le rapport présenté par la Commission présidée par Mme Bachelet, la présidente du Chili, que nous avons eu l’honneur d’accueillir dans cette salle.

La France a également soutenu le développement de mécanismes de gestion des risques pour les petits producteurs avec le projet PARM, aujourd’hui hébergé par le FIDA, ou la mise en place d’une réserve humanitaire d’urgence régionale en Afrique de l’ouest. Tous ces mécanismes participent au renforcement de la résilience des populations rurales, tout comme au PAM la transition de l’aide alimentaire vers l’assistance alimentaire, ou les effort faits pour favoriser l’accès des petits producteurs aux marchés, et notamment aux marchés publics.

La FAO peut, en étroite coordination avec les autres agences multilatérales, participer à l’évaluation des politiques les plus efficaces et à leur diffusion.

2. Deuxième message : Le dérèglement climatique Pour relever le défi de la faim, en préservant notre environnement, de manière socialement responsable et équitable, nous devrons aussi adapter nos systèmes agricoles et alimentaires afin de les rendre plus durables. C’est une question de volonté politique, qui demande la mobilisation de tous et la FAO a un rôle clé pour accompagner cette transition.

La France accueillera à la fin de l’année la COP 21.
Le climat est une affaire importante pour l’agriculture car son évolution conditionnera largement la productivité des exploitations agricoles, et donc, notre capacité à augmenter la production de manière durable pour lutter contre la faim.

Oui, il nous faudra trouver les moyens d’adapter et d’améliorer la résilience des systèmes agricoles aux changements climatiques, en particulier au Sud.

Oui, l’agriculture peut aussi être une partie de la solution aux dérèglements climatiques par sa capacité à réduire ses émissions, à mieux préserver les ressources naturelles et à participer plus encore au stockage de carbone, en adoptant des pratiques vertueuses telles que l’agroécologie.

En cette année internationale des sols, la France proposera une initiative sur les sols pour la sécurité alimentaire, l’initiative « le carbone dans les sols : un enjeu de sécurité alimentaire », encore appelée « initiative 4 pour mille ». Elle vise à augmenter la capacité de stockage de carbone des sols agricoles en favorisant la sécurité alimentaire : Plus de carbone organique dans les sols, c’est moins de carbone dans l’atmosphère, c’est plus de fertilité, et donc plus de production.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Ministres,

avec le Directeur Général de la FAO, nous souhaitons ouvrir le débat à Paris en décembre prochain sur les moyens de pour promouvoir une agriculture responsable et résiliente. L’agriculture doit faire partie de l’agenda des solutions pour lutter contre les dérèglements climatiques. Il nous faut en effet à la fois éliminer la faim dans le monde et répondre simultanément au défi du dérèglement climatique car les deux défis sont liés.

3. Troisième message, Mesdames et Messieurs, il sera bref mais des plus sincères. Nous avons, dès l’automne dernier, dès sa candidature officielle déclarée, voulu exprimer notre plein soutien à notre Directeur général Monsieur Jose Graziano da Silva et nous avons soutenu sa réélection pour un second mandat. Comme une évidence. Comme une marque de confiance pour notre Directeur et son équipe. Mais aussi comme une espérance, pour une FAO plus forte, plus rassemblée, plus unie, plus innovante, plus performante. Nous souhaitons exprimer à l’occasion de cette Conférence toutes nos félicitations au Directeur général, et tous nos vœux à la FAO et à l’ensemble de son personnel.

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Monsieur le Président, il est temps de conclure cette intervention. Il est temps de partager une espérance.

Parfois, le matin, en relisant le texte de la charte de la FAO gravé dans le hall de cette maison, je me prends à rêver que nous sommes le 10 juin 2030. Et je me prends à rêver que la Conférence de la FAO s’ouvre par un discours du nouveau Directeur général, annonçant que nous avons tenu notre promesse, éliminer la faim dans le monde. Vous imaginez la scène ? Vous imaginez la clameur qui se lèverait dans cette même salle de conférence de la FAO ? Vous imaginez alors qu’elle serait notre fierté à tous ! Nous aurions alors, écrit ensemble, une des plus belles pages de notre histoire commune, de notre destin indivisible comme disait à l’ouverture de cette conférence le Président italien. Alors chers collègues et chers amis, rêvons à ce moment, partageons ce rêve, et agissons ensemble pour qu’enfin il se réalise. Merci.

Dernière modification : 02/08/2017

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