Agriculture et climat

Assurer la sécurité alimentaire pour tous et répondre aux défis des dérèglements climatiques sont deux objectifs qui doivent être poursuivis de concert.

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Produire plus de nourriture dans un contexte de dérèglements climatiques

L’agriculture est l’un des principaux secteurs touchés par les dérèglements climatiques, qui font peser une véritable menace sur la sécurité alimentaire. Selon le Groupe international d’experts sur le climat (GIEC), les rendements des grandes cultures (blé, riz, maïs, soja) vont diminuer sous l’effet du changement climatique (baisse moyenne de 0 à 2 % par décennie d’ici 2050), alors que pour répondre à la demande liée à la croissance de la population mondiale et aux changements dans les modes d’alimentation, il faudrait, toutes choses égales par ailleurs, augmenter la production de 60% d’ici 2050, selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (OAA / FAO). En effet, l’augmentation des températures favorise la recrudescence des maladies animales et humaines propagées par des insectes ou animaux vecteurs, et la prolifération des ravageurs des cultures. Par ailleurs, le dérèglement climatique augmentera la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes (inondations, sécheresses…) et modifiera le régime des pluies, ce qui affectera fortement, selon les régions, la productivité agricole, et par conséquent la sécurité alimentaire. Enfin, les dernières recherches montrent que le changement climatique impactera également la qualité nutritionnelle et sanitaire des aliments.

Les plus touchés seront les pays en voie de développement, dont le secteur agricole est caractérisé par la prédominance des petits exploitants, particulièrement dépendants des conditions météorologiques, et dotés de moins de moyens pour se prémunir contre les effets des catastrophes climatiques. Il est donc essentiel aujourd’hui d’appuyer les pays en voie de développement dans l’adaptation du secteur agricole aux conséquences du changement climatique, par exemple via la diversification des cultures, l’amélioration des variétés, la diffusion des pratiques agro-écologiques, une meilleure gestion des risques, ou l’extension durable des périmètres irrigués. La recherche agronomique a un rôle central à jouer à cet égard, ainsi que les institutions de développement, pour accompagner les pays dans cette transition.

Au plan mondial, l’agriculture doit aussi, comme les autres secteurs, contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et réduire son empreinte environnementale. En effet, en incluant la déforestation, le secteur agricole représente 24% des émissions globales de gaz à effet de serre (GES), selon les dernières estimations du GIEC. La déforestation est en effet très souvent liée à l’expansion des terres agricoles, car elle permet d’accroitre les surfaces cultivables et les zones de pâturages dédiées à l’élevage.

Cependant, dans la trajectoire que nous devons accomplir vers une économie bas-carbone et résiliente face aux impacts du changement climatique, l’agriculture peut aussi être partie des solutions . Il s’agit, d’une part, de :

  • réorienter nos systèmes alimentaires vers des modes de production et de consommation plus durables : en optimisant l’utilisation d’engrais et de pesticides, grâce à des techniques agronomiques alternatives ; en valorisant et en transformant les résidus agricoles en bio-énergies ; en améliorant les systèmes d’irrigation ; en luttant contre les pertes agricoles et le gaspillage alimentaire ; en améliorant les systèmes d’élevage ; en consommant des aliments de saison et produits au plus près.
  • et d’autre part, de mettre à profit la capacité de stockage de carbone des végétaux et des sols. A cet égard, l’agriculture dispose d’atouts spécifiques, puisqu’elle contribue à l’entretien des sols et de la couverture végétale. Il convient notamment, moyennant l’application de techniques et de politiques publiques appropriées, de : rendre les sols agricoles plus fertiles ;préserver et gérer durablement les forêts et les prairies ; lutter contre l’étalement urbain ; lutter contre la dégradation des sols et la déforestation ; restaurer les milieux humides.

Le Panel d’expert de haut niveau (HLPE) du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) dans un rapport remis au Comité en 2012 dresse un inventaire des défis et des solutions envisageables, qui a donné lieu à l’adoption de recommandations agréées entre les Etats.

L’action de la France

La loi sur la transition énergétique pour une croissance verte, promulguée le 17 août 2015, prévoit d’ici 2030 de réduire les émissions françaises de GES de 40%, de réduire la consommation d’énergies fossiles de 30% et d’augmenter la part d’énergies renouvelables à 32%. Elle comprend des mesures de lutte contre le gaspillage alimentaire ou d’encouragement à la production de biogaz à partir des déchets agricoles.

En parallèle, la France a poursuivi une politique active au sein de l’Union européenne et soutenu l’adoption d’objectifs ambitieux lors du Conseil européen d’octobre 2014, qui a fixé une cible de réduction à l’échelle européenne d’au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 par rapport à 1990.

Considérant que la lutte contre le changement climatique ne doit jamais être une entrave au développement, mais que, pour atteindre un développement durable, il faudra un changement profond de nos modèles économiques et de nos modes de consommation, la France encourage la prise en compte des enjeux climatiques dans sa coopération au développement. Ainsi, 50% des engagements de l’Agence Française de Développement (AFD), ont désormais des co-bénéfices en matière de lutte contre les dérèglements climatiques, ce qui représentait en 2013 2,4 milliards d’euros. Cette part est passée à 53% en 2014. Nous avons aussi décidé d’intégrer la résilience dans toutes nos décisions de financements avec l’AFD pour les infrastructures en Afrique dès 2015. Cette prise en compte systématique de la dimension climatique rend notre action pour le développement cohérente. Elle doit aussi permettre une durabilité des investissements, tout en intégrant les besoins précis des pays les plus pauvres et les plus vulnérables. (en savoir plus)

Par ailleurs, la France a augmenté ses financements dédiés à la lutte contre le changement climatique dans les pays en développement, en annonçant une contribution de 1 Md USD au Fonds vert en cours de constitution sous l’égide de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CNUCC).

Dans le domaine agricole, la France s’engage chez elle et à l’international pour promouvoir l’agro-écologie, qui vise à faire de la performance environnementale un élément de compétitivité de l’agriculture. Ainsi, la loi d’avenir du 13 octobre 2014 pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt fixe comme objectif d’assurer d’ici 2025 que 50% des exploitations françaises mettent en oeuvre des approches agro-écologiques. Au plan international, la France a engagé à cet effet un programme de coopération avec la FAO et coopère déjà au plan scientifique avec de nombreux pays pour identifier les solutions agronomiques qui permettent de mieux adapter les agricultures aux conséquences des changements climatiques et de les rendre plus sobres en carbone.

Plus de 600 chercheurs et 150 parties prenantes et décideurs politiques venus de 75 pays et de 5 continents se sont réunis à Montpellier en mars 2015 lors de la 3ème conférence internationale pour une agriculture climato-intelligente. Organisée notamment par la FAO, le CIRAD, l’INRA, l’IRD, Agropolis International en partenariat notamment avec les ministères français des affaires étrangères et de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt, cette conférence a donné lieu à l’adoption d’une déclaration de Montpellier en faveur de l’agriculture climato-intelligente, transmise aux négociateurs en amont de la 21ème conférence des parties (COP21) à la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CNUCC).

(en savoir plus sur la coopération scientifique internationale menée par le CIRAD, l’IRD et l’INRA)

La France soutient plusieurs actions des organisations des Nations unies à Rome en faveur d’une meilleure prise en compte des impacts du changement climatique sur les agricultures du monde. Ces actions concernent par exemple :

  • La gestion des risques agricoles, dont le risque climatique : ainsi, l’Agence française de développement (AFD) cofinance avec le Fonds international pour le développement agricole (FIDA) un programme de développement en Afrique de l’Ouest des dispositifs d’assurance de récolte dite « indicielle », c’est-à-dire pour lesquelles les indemnisations sont calculées en fonction d’un indice climatique (ex : pluviométrie) et non pas des pertes réelles. Elle cofinance également la Plate-forme sur la gestion des risques agricoles (PARM).
  • L’adaptation de l’agriculture paysanne au changement climatique : la France fournit un appui au programme d’adaptation de la petite agriculture au changement climatique (ASAP) du FIDA, sous forme d’expertise technique.

L’agriculture et la sécurité alimentaire à la COP 21

Lors d’un Forum international sur l’agriculture et le changement climatique, organisé le 20 février 2014 sous le haut-patronage de la Présidence de la République par le ministère des Affaires étrangères et du Développement international, le ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, et le Centre national des expositions et concours agricoles, les acteurs du monde agricole français (agriculteurs, représentants des institutions publiques et de la société civile, scientifiques) ont pu présenter les contributions du secteur à la lutte contre le changement climatique. En présence du Directeur général de la FAO, le Président de la République française a, à cette occasion, tracé les grandes lignes d’une stratégie qui permette à l’agriculture de répondre aux défis du changement climatique et de la sécurité alimentaire. (Retrouvez le discours du Président de la République ici)

En tant que pays hôte de la 21ème Conférence des Parties (COP 21) à la Convention cadre des Nations unies sur le climat (CCNUC), qui se déroulera du 30 novembre au 11 décembre 2015 au Bourget, la France a souhaité favoriser l’émergence d’un espace de dialogue international sur les défis posés à l’agriculture par le changement climatique et sur la contribution du secteur à la lutte contre le changement climatique. (En savoir plus sur les enjeux de la COP 21)

Dans cet esprit, elle a organisé à la COP 21 le 1er décembre 2015 avec la FAO, une journée d’action dans le cadre du Programme d’actions Lima-Paris (Lima-Paris Action Agenda), destinée à présenter des initiatives et solutions dans le domaine de l’agriculture face aux dérèglements climatiques.

A cette occasion, la France a lancé une initiative internationale et multi-acteurs autour du renforcement du stockage de carbone dans les sols : l’initiative « 4 pour 1000 : des sols pour la sécurité alimentaire et le climat ». Cette initiative consiste en une coalition d’acteurs volontaires, soutenue par un programme de recherche ambitieux. Elle se place également dans le cadre du Programme d’actions Lima-Paris (LPAA).

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Dernière modification : 28/12/2015

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