130e session du Conseil d’administration du FIDA – Débat sur l’agriculture de précision

A l’occasion de la 130e session de son Conseil d’administration se tenant de façon virtuelle du 8 au 11 septembre 2020, le Fond international de développement agricole (FIDA) propose aux membres du Conseil d’administration – dont la France – un débat stratégique consacré à « L’agriculture de précision à l’appui de transformations axées sur des systèmes alimentaires inclusifs ».

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Retrouvez ci-dessous la déclaration faite au nom de la délégation française au titre de ce point de l’ordre du jour (seul le prononcé fait foi) :

« Monsieur le Président,

Depuis plusieurs années, le FIDA a entamé une transition afin de devenir une organisation plus agile et adaptée aux évolutions de notre monde. Au nombre des éléments de cette transition figure la promotion de l’innovation ainsi que des technologies de l’information et de la communication en faveur d’un développement rural inclusif.

La France remercie le FIDA pour son exposé très clair et réfléchi autour de l’intégration de l’agriculture de précision dans ses opérations. L’usage des nouvelles technologies pour accéder à des services de vulgarisation agricole et le recours accru aux données offrent des perspectives prometteuses pour les petits exploitants. Ces technologies permettent de transformer les pratiques agricoles vers plus d’efficience et de durabilité et, à cet égard, méritent amplement d’être promues.

Nous souhaiterions faire cinq commentaires sur ce document :

(1) Un des aspects essentiels pour la France concerne l’enjeu de l’inclusion, en lien avec le mandat du FIDA d’accompagner les populations les plus vulnérables. Il nous semble essentiel d’avoir plus de garanties sur la capacité du FIDA à effectivement pouvoir faire bénéficier de l’agriculture de précision les populations rurales pauvres, sans méconnaître les difficultés que cela peut représenter en termes de fracture numérique, d’éducation à l’usage des technologies ou encore de disponibilité de l’information dans les langues locales. La France souhaite éviter une éventuelle dérive du mandat du FIDA au profit de populations moins vulnérables mais plus connectées.

(2) Notre seconde remarque porte sur les enjeux environnementaux. Nous souhaiterions que l’agriculture de précision soit utilisée au sein d’une approche agro-systémique qui place l’adaptation aux changements climatiques, l’atténuation des causes de celui-ci, la durabilité environnementale et la protection de la biodiversité au cœur de ses objectifs. L’impact environnemental positif ne doit pas simplement procéder d’une utilisation moindre d’intrants, mais plutôt d’une démarche systémique intégrative, consciente et volontaire. Nous invitons notamment le FIDA à explorer le recours aux pratiques agro-écologiques ainsi qu’aux paiements pour services environnementaux pour assurer leur adoption par les communautés rurales, y compris les plus pauvres.

(3) Par ailleurs, il nous semble que la question des partenariats est elle-aussi cruciale et doit être une priorité afin de s’appuyer sur l’expertise d’autres organisations. Parmi les partenaires de choix, nous pensons à la FAO, aux instituts de recherche, ainsi qu’au secteur privé dont les investissements favorisent la connectivité et l’accès aux technologies du monde rural. Nous invitons également le FIDA à s’appuyer sur les initiatives existantes telles que le programme Copernicus de l’Union européenne qui a pour objet la mise à disposition gratuite de données issues de l’observation satellitaires, y compris pour l’agriculture de précision. Cette stratégie partenariale doit être clairement articulée, car elle sera au cœur de la réussite des projets du FIDA en matière d’agriculture de précision.

(4) De plus, la France souhaiterait que les investissements nécessaires à la mise en œuvre de cette vision soient explicités. En effet, faire de l’agriculture de précision un domaine d’intervention prioritaire supposera une forte mobilisation de l’institution et, par voie de conséquence, des investissements importants. Nous invitons donc la direction du FIDA à apporter des éléments de précision supplémentaires sur les impacts financiers potentiels et la stratégie envisagée à cet égard.

(5) Enfin, nous rappelons l’importance de la protection des données collectées et de la déontologie nécessaire dans leur utilisation, comme nous l’avions évoqué lors des discussions sur la Stratégie relative aux technologies de l’information et des communications au service du développement.

En conclusions, et à la lumière de ce qui précède, la France incite le FIDA à considérer une étape intermédiaire, qui permettra de développer des projets pilotes afin d’éprouver ces pratiques et d’en tirer des enseignements opérationnels, mais également de mettre en œuvre des projets de recherche-développement avec des instituts de recherche et acteurs des chaines de valeur locales afin d’établir des lignes directrices et méthodologies adaptées. Les résultats obtenus à l’issue de cette étape intermédiaire faciliteront la mise à l’échelle de l’agriculture de précision dans le portefeuille du FIDA. »

Dernière modification : 10/09/2020

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